Rêver Picasso Publiée le 18 oct. 2019

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Depuis 2012, Jean-Baptiste des Gachons s’est lancé dans une lutte qui vise à réinterpréter les toiles du maître. Courage ou inconscience ?
Jean-Baptiste a alors la jeunesse avec lui. De cette première lutte naissent des toiles rageuses où le pinceau devient arme. C’est l’époque des démons pour le peintre, des hallucinations et des médicaments. Picasso lui permet alors de mettre un visage sur cet ennemi qui a fait le siège de son esprit et contre lequel il se bat.
Sois sage ô ma douleur et tiens toi bien tranquille. Les années passent. Depuis 2018, les ennemis d’antan semblent baisser les armes et se réconcilier. S’éloignant des dissonances et des stridences chromatiques, les dernières œuvres disent l’apaisement et le repos. Les teintes pastel, appliquées en larges aplats, nimbent d’une étonnante douceur ses toiles. Jean-Baptiste s’attarde sur les portraits tout en sensualité de Marie-Thérèse Walter, que Picasso se plaît à peindre en liseuse ou dormeuse, alanguie dans de profonds fauteuils. Mauve, bleu tendre, rose poudré s’équilibrent avec grâce.
En 2019, une sérénité toute matissienne infuse l’œuvre de Jean-Baptiste et donne naissance à une dernière période où le thème de la dormeuse est central. Il travaille en série, propose des variations colorées du même sujet, recommence sans se répéter. Les tempêtes sont loin et le calme revient, au sein de ces femmes-ports où l’artiste accoste, accueilli dans l’anse paisible de leurs bras repliés et de leurs yeux clos.
Et dans les salles du musée de Collioure qui présente en ce moment ses œuvres récentes, le vers baudelairien cher à Matisse résonne : Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Claire Muchir