14 juillet 2019 - Discours Publiée le 15 juil. 2019

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Monsieur le Préfet, Monsieur le Député, Mesdames et Messieurs les élus, Mes Chers Concitoyens,

Vous n’ignorez plus depuis 5 ans, que le 14 juillet à Collioure, avant de célébrer la Fête Nationale, nous n’oublions pas d’honorer les Camille, filles et garçons. Bonne Fête Camille !

Mesdames et Messieurs, la France a vécu à la fin de l’automne dernier, un phénomène tellurique en forme de tectonique sociale que d’aucuns ont voulu qualifier de conflit ouvert entre le « pouvoir légal » et « le pouvoir citoyen ».

A la faveur d’un renchérissement de l’énergie sous l’effet de taxes jugées injustes, un mouvement vêtu de jaune fluo pour être vu de loin, s’est rapidement et « presque » spontanément constitué. Il a envahi les Champs Elysées, les places et les ronds-points comme jadis le peuple de Paris s’était révolté contre l’augmentation déraisonnable du prix du pain et avait pris le chemin de Versailles… Ensuite, mesdames et messieurs, l’engrenage rituel de la violence collective et de la répression musclée, s’est immanquablement déclenché.

Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, la même incoordination provoquant les mêmes débordements, les atteintes brutales aux symboles du pouvoir en place n’ont pas manqué de se produire.

On a ainsi profané la tombe du Soldat Inconnu et l’Arc de Triomphe, comme jadis on attaqua la Bastille ou on brûla le Palais des Tuileries en 1870.

Des facteurs aggravants sont cependant venus accélérer et amplifier l’expression de la bêtise. J’en vois deux : la présence intrusive des caméras de télévision et celle des voyous professionnels.

Alors, il s’est produit la même coagulation de la détestation qu’il y a 230 ans. La République ne se reconnaissant plus dans l’œuvre constitutionnelle qu’elle a mis deux siècles à écrire, a considéré le pouvoir comme anecdotique, comme une usurpation permanente. On a parlé de « monarchie républicaine ». Le « monarque », qualifié comme jadis d’arrogant et de méprisant, a donc subi la caricature, l’insulte et la menace. Il eût été serrurier que son goût de la précision aurait inspiré une fois de plus les pamphlétaires…

Mesdames et messieurs, après l’embrasement, puis le temps des convulsions de durée variable, les révolutions doivent se résoudre, se dissoudre dans un troisième temps, dans une phase postcritique. Deux menaces guettent alors la fragile unité révolutionnaire : la réaction ou le chaos.

L’histoire nous apprend que la Révolution Française a été plus que les autres une mère indigne, à la réaction et au chaos, elle a largement ajouté son goût de l’infanticide au moyen de la guillotine.

Après donc ces trois temps, qui « supposent un certain désordre que l’ordre vient réduire », comme l’écrivait Paul Valéry, s’ouvre la longue période de l’inventaire et de l’héritage. Il n’y a pas d’amnésie…

Il semble bien difficile aujourd’hui, en dehors de quelques mesures fiscales, sédatives et complexes, de dire quel sera pour l’avenir, la marque laissée par la « Révolution des ronds-points ».

Pour la Révolution Française, la seule déclaration de l’Homme et du Citoyen constitue un message fondateur pour la « marche du Monde de l’après ». La trilogie quasi mystique de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité constitue un idéal universel que la France, depuis plus de deux siècles, fait rayonner vers tous les pays épris de Démocratie.

C’est donc bien le sens de cette Fête Nationale, Mesdames et Messieurs : pouvoir célébrer une fois l’an, un héritage d’une valeur inestimable qui nous permet de cimenter la Nation Française, de nous retrouver sur ce qui nous rassemble, bien au-delà des querelles conjoncturelles sur le prix des carburants.

C’est donc bien la dimension de l’héritage qu’elles nous laissent, qui font la valeur symbolique de nos révolutions. Je n’oublierai pas ainsi d’honorer le testament que la deuxième République nous a légué en 1848 avec l’abolition de l’esclavage.

Nous tenons à associer à cette célébration nos jeunes générations. Nous y apportons une note culturelle et tricolore en rappelant régulièrement le sens des symboles de notre République ou en évoquant la destinée exceptionnelle des femmes et des hommes qui ont forgé notre idéal républicain. Il est bien sûr de notre devoir de transmettre mais il nous appartient aussi de faire évaluer à nos jeunes générations, le prix de l’héritage que nous a laissé la Révolution Française, le caractère précieux et fragile de la liberté, l’exigence intangible de l’Egalité, la beauté romantique et charnelle de la fraternité.

Ces enfants de l’Ecole de la République, apprendront à leur tour à devenir les protecteurs respectueux de l’idéal révolutionnaire au service de la tolérance, de la compréhension et de l’ouverture d’esprit.

Je voudrais pour conclure vous confier ces vers d’Apollinaire, mort en 1918 de ses blessures de guerre :

« Les yeux dansants comme des anges

Elle riait, elle riait.

Elle avait un visage aux couleurs de France,

Les yeux bleus, les dents blanches

Et les lèvres très rouges

Elle avait un visage aux couleurs de France »

Vive Collioure, Vive la République et vive la France !

Jacques Manya