Le discours du 8 mai ... Publiée le 8 mai 2018

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Mesdames, Messieurs, Mes Chers Concitoyens,

Nous voilà solennellement réunis pour célébrer une nouvelle fois la commémoration de l’Armistice de la fin de la deuxième guerre mondiale en Europe.

J’ai déjà dit combien il m’apparaissait important en cette occasion, de ne pas rester figé sur une mise en valeur du « calendrier du passé ». Je crois en effet qu’il est vain de venir annuellement feuilleter ensemble, devant ce monument aux morts les pages de l’histoire, celles obscures de la collaboration, celles héroïques de la résistance ou fraternelles et glorieuses de la victoire alliée, si cet élan magnifique du monde libre doit être dépouillé de toute vision sur « l’après ». Nous le répétons comme un serment de fidélité : « les anciens combattants témoignent du passé, ils donnent un sens à notre présent mais ils doivent aussi éclairer notre avenir ».

Il est important que soit fixé tous les ans un rendez-vous de la Nation rassemblée. Dans les temps que nous vivons, bien des corporatismes prétendent incarner le sens de l’histoire et la boursouflure des esprits tient souvent lieu d’intelligence. Il est donc essentiel de distinguer le conjoncturel du structurel, l’éphémère du permanent, de voir ce qui divise les Français et ce qui unit la France. C’était je crois, le sens de l’appel du Général de Gaulle en Juin 40, ne pas s’arrêter à une bataille pour vouloir et pouvoir gagner la guerre.

C’est bien l’entrée dans cette guerre des Etats Unis d’Amérique en 1942, qui a permis de faire émerger une véritable coalition du « monde libre » face à « l’axe militaire » Allemand, Italien et Japonais. C’est cette « conscience internationale » de la valeur universelle de la démocratie, qui a justifié que des dizaines de milliers de soldats traversent les mers pour venir combattre et mourir sur le sol Français et Européen.

L’Europe ! Pendant près de 20 siècles, de César à Hitler elle n’a été qu’un immense champ de bataille. Elle ne connait une paix stable que depuis 73ans ! Tous les 8 Mai, lors de la célébration de la Victoire des Alliés, nous venons souligner à quel point, le mot « guerre » est devenu étranger au vocabulaire Européen, comment il est impensable que l’arbitrage d’un conflit européen puisse demain passer par la violence ou par les armes.

Pourtant, Mesdames et Messieurs, nous avons eu la guerre dans les Balkans à moins de 2000 Km de Paris. Aujourd’hui, l’inflation budgétaire internationale en matière de politique de défense est le signe indiscutable que nous sommes entrés dans une phase de réarmement de l’Europe et du monde. La perspective de la création d’une Europe de la défense est à présent tracée et le statut de l’armée Allemande dans cette construction est en discussion.

Le rôle essentiel de la France dans le maintien d’une force de dissuasion nucléaire Européenne, pilier de notre stratégie de défense, impacte clairement nos choix politiques et financiers. Il n’y a pas « la paix » sans « la culture » mais il n’y a pas « la Culture » sans « la Défense ».

L’armistice du 8 mai 1945 a eu comme conséquence immédiate le partage du monde au profit des puissances victorieuses. Ce découpage idéologique et sa traduction géographique dans une partition Est-Ouest, nous ont alors installés dans un demi-siècle de guerre de froide et une forme d’équilibre de la terreur. C’était l’OTAN contre le Pacte de Varsovie.

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le visage de la paix a bien changé. En une petite trentaine d’année les cartes ont été redistribuées. La Pologne et ses voisins font partie de l’OTAN. La Chine s’est réveillée et se réarme. Le fanatisme religieux islamiste est devenu à nouveau un terrible et cynique moteur de guerre. La Russie redevient impériale. Les migrations massives, corollaires de l’instabilité et des conflits, alimentent nos débats nationaux sur l’intérêt des frontières et le défi de leur porosité.

Alors, Mesdames et Messieurs, dans ce nouveau contexte d’instabilité et de paix armée, je pense sincèrement que la commémoration de l’Armistice du 8 mai 1945, doit garder tous les ans une allure d’hommage et de respect pour les combattants et les héros de la liberté.

Mais nous aurons aussi pour longtemps, à y puiser un message historique et fondateur sur lequel nous devons bâtir une vision partagée et lucide sur l’équilibre du monde.

Nous le devons à nos enfants.

Vive la République, vive la France, VIVE COLLIOURE.


Jacques Manya